Silvain et "la pause W.-C."
En août 1996, je rentrais en 2 ème année primaire. Cette année-là un nouveau copain de classe nous attendait. Silvain était un enfant d'origine roumaine qui a été adopté par une famille Suisse à l'âge de 2 ans.

Silvain avait dès le début de gros problèmes d'intégration, il pleurait souvent en classe et il était réputé pour son comportement violent. La maîtresse avait toutes ses peines à le maintenir en place car il aimait se faire remarquer en faisant l'idiot devant toute la classe ou en étant agressif avec les autres enfants. Son comportement hyperactif était en partie lié à son lourd passé; d'après ses dires il a vu son père biologique se faire tuer sous ses yeux.

Je n'avais pas spécialement beaucoup de contact avec lui jusqu'au jour ou il m'a donné une lettre d'amour. Sur un petit bout de papier chiffonné il avait écrit : "Veux-tu sortir avec moi, je t'aime. Coche la case oui/non. Et renvoie-moi le billet."
Très surprise par sa démarche, mais pas intéressée, je ne lui ai pas répondu. A la pause il vint vers moi et me demanda ma réponse. Je lui ai expliqué que je ne voulais pas d'amoureux pour l'instant et que je n'étais pas amoureuse de lui. Vexé il est parti rejoindre ses copains en marmonnant "j'te lâcherai pas de si tôt."

Quelques jours plus tard, il m'interpella à nouveau durant la pause. Il disait qu'il voulait me confier un secret entre "quatre yeux" et qu'il avait un cadeau pour moi. Il voulait que je le suive aux toilettes pour qu'il puisse me le donner et me parler tranquillement. J'ai refusé. Je ne voulais pas son cadeau et encore moins le suivre seule aux WC pour qu'il puisse me parler. J'avais un mauvais pressentiment.
Il a insisté et m'a dit qu'il avait fait le collier de ses propres mains et que j'étais vraiment méchante si je le refusais. Les mots qui tuent... Méchante si je ne l'acceptais pas... Mon père et ses mots "les autres ont toujours raison, tu vaux rien, sois gentille, obéis et tais-toi!..."
Après maintes supplications de sa part j'ai fini par le suivre... Tout cela pour un "secret" et un horrible collier vert... J'ai été conne!

Arrivé aux WC, il me plaqua de force contre le radiateur près de l'entrée des toilettes pour filles. Il baissa son pantalon et se mit à me toucher et à me lécher partout. Il m'embrassait de force sur la bouche et je ne pouvais pas crier quand il me faisait mal, j'avais l'impression de manquer d'air... La porte n'était pas fermée à clef et n'importe qui aurait pu entrer et nous surprendre, mais personne ne vint...
Je sentais qu'il avait une érection, il prit ma main et la mit dans son slip sur son pénis, j'ai failli vomir, c'était tellement dégoûtant!! J'avais tellement honte! Encore aujourd'hui je ressens de la honte! Je le suppliais d'arrêter en pleurant. Mais comme mon père, il était dans une sorte de transe et ne réagissais plus. J'étais un objet, un pantin, une poupée dans ses mains.

Quand la cloche sonna pour le retour en classe il m'ordonna de revenir le lendemain à la même heure et m'a fait jurer de me taire. Si j'avais eu le malheur de ne pas être là, il me menaçait d'appeler sa bande de copains (des "grands" de 13-15 ans avec lesquels il traînait, et dont j'avais une peur bleue) pour qu'ils me cassent la figure.
"Pas la peine de chialer disait-il tout les amoureux font ça et tu aura de l'avance sur les autres comme ça..."
Sauf que moi je n'étais pas du tout amoureuse de lui!!!

"La pause WC" devint rapidement quotidienne et il voulu toujours faire de plus en plus de "choses" et de plus en plus souvent. Il prenait de plus en plus de précautions, car à deux reprises des élèves nous avaient surpris. Il m'enfermait toujours avec lui dans l'une des deux toilettes de l'étage. J'étais bloquée, terrorisée par la peur, je n'ai rien dit. Je laissais faire... Mon corps était là mais ma tête était ailleurs, ce n'était plus moi la petite fille qui subissais ses actes.

Un matin, à l'école, la maîtresse nous invita à nous asseoir toute la classe en rond pour faire ce qu'elle appelait "le cercle magique". Le cercle magique avait pour but de laisser parler chaque enfant de ses problèmes et préoccupations sans que ceux-ci ne sois rapporté à d'autres et sortent du cercle. Ce jour-là, la maîtresse nous demanda si nous connaissions tous une personne à qui nous pourrions nous confier si nous avons des problèmes.
Chaque enfant s'exprimait sur le sujet avec un bout de bois qui servait de microphone. Silvain était assis en face de moi et ses yeux m'ordonnaient de me taire. Le bout de bois avançait de main en main et plus il avançait plus mon ventre se nouait, que dire? Lorsque ce fut mon tour, je chuchotai rapidement un "je me confierais à Dieu" et je fis passer le bout de bois plus loin. Silvain était soulagé et la maîtresse satisfaite de ma réponse. Je m'enfermais de plus en plus dans un silence écrasant, détruisant. "Souris, sois polie et gentille, obéis et tais-toi!!!...Les autres ont toujours raison, t'es nulle..."Disait mon père...

Mes parents ne sûrent que beaucoup plus tard ce qui s'était passé et se passera encore avec Silvain quotidiennement pendant la pause, et ailleur....
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Commentaires
Sencia le 01/02/2009 à 16:04:48> Nancy; Sois la bienvenue sur mon blog très chère Nancy! C'est vraiment un privilège de t'acueillir ici dans mon univers.J'éspère que tu t'y sentira à l'aise! :-) En tout les cas, merci d'être passée!
Tes mots me touchent beaucoup!Oui ma souffrance était à ce moment-là indescriptible et silencieuse... Aujourd'hui, ce blog décrit ce que dans le silence je subissais pour que chaque victime puisse trouver le courage de parler de son vécu et de sa souffrance et qu'enfin puisse cesser le silence et la honte. Ta présence m'est précieuse et me fais grand plaisir, à bientôt j'éspère! Milles gros bisous
Nancy site : http://surlechemindubonheur.hautetfort.com/ | le 27/01/2009 à 15:02:55
Horrible, triste, insoutenable... je m'arrête là... mais je pourrai continuer !
Tant de souffrance...
bon courage plus loin !
rosesther site : rosesther.skyrock.com | le 07/07/2008 à 13:35:43
c triste, bien triste... moi je ne dirai pa k c ta faute, c comme si on tavai fai un lavage de cervo avec ces mo ki te perturbai et te revenai san cesse en mémoire, comme une programation je dirai k ta fai ton père...