Le début d'un cauchemar

 

Comme le contrat de location de la ferme que nous louions en Suisse-alémanique arrivait à son terme et que les propriétaires désiraient la reprendre, mes parents décidèrent de chercher une autre ferme à acheter.

Ils trouvèrent rapidement une belle ferme du côté francophone de la Suisse. Il fallait donc déménager, partir à plus de 250km de nos familles, amis et connaissances et apprendre une nouvelle langue. Bref, tout reconstruire et recommencer à zéro. Mais mes parents étaient bien décidés à acheter cette ferme et nous nous préparions pour le future déménagement.

Un mois avant  le jour du départ définitif, je devais féter mon 6 ème anniversaire et la fête devint parallèlement une fête d'adieu pour mes petits compagnons d'école et tous ceux que j'avais appris à connaître et à aimer là-bas.

Ce fut un déménagement pénible. Les machines agricoles, les vaches, et autres animaux, les meubles, et tout  le reste devais être transportable sur l'autoroute. Malheureusement mon père refusa de déménager notre cheval et il fut donc amené à la boucherie avant notre départ.

Mon petit frère Antony et moi étions hébergés par des amis en attendant de retrouver nos parents à notre nouveau domicile.

Notre nouvelle ferme se trouvait en dehors d'un village d'env. 2000 habitants, perdu dans la campagne mais tout de même bien desservit par les transports publiques. Les maisons voisines étaient toutes des fermes et nos voisins étaient donc tous des agriculteurs. Il n'y avait que très peu d'enfants de mon âge et les seuls qu'il y avait habitaient trop loin pour jouer avec mon frère et moi. Je me suis très vite sentie isolée.

En Août je recommançais ma première année "d'école enfantine" au village. J'avais déjà été inscrite à l'école mais comme je ne parlais pas assez bien le français mes parents ont décidé de me faire "redoubler " l'école enfantine. 

Pendant les vacances d'été mes parents commençaient avec les rénovations de notre ferme. Je faisais de mon mieux pour participer aux travaux mais mon passe-temps favori était de parler avec les employés qui travaillaient sur le chantier. Je ne savais presque pas un mot de français mais je parlais, parlais à leur casser les oreilles. Il me surnomaient la "radio qu'on ne peut pas arrêter"....

Mes amis Suisse-Allemands me manquaient beaucoup, ainsi que mes grands-parents que je ne revoyais qu'une fois par an et encore pas toujours... Mes parents avaient d'autres occupations avec le travail à la ferme et  je me sentais déjà très souvent seule et incomprise.

Mes premiers jours dans ma nouvelle classe ne fûrent pas plus joyeux... Je ne comprenais rien à ce que les autres enfants et la maîtresse disaient et les enfants rigolaient quand je ne comprenais pas ce qu'ils disaient. Pendant que les autres enfants s'amusaient, je devais suivre un cours de rattrapage en français qui m'ennuyais.

Au cours de l'année 1992, le meilleur ami chrétien de mon père se tua en motto. Il avait 4 garçons de 10 à 2 ans et ce fût un immense choc pour tout le monde. Mon père n'arrivait pas croire que Dieu pouvait permettre cela et je me souviens qu'il priait pour que son ami soit ressucité. Ce qui n'arriva pas....

A mon avis c'est à ce moment qu'il perdit confiance en sa foi toute neuve, et cela le déstabilisa...Certainement débordé par son travail, ses responsabilités et la mort de son meilleur ami, il se mit de plus en plus souvent à nous frapper mon frère et moi.

Au début c'était parce qu'on faisaient des petites bétises, comme presque tous les enfants en font, puis c'était pour un oui ou un non. Il désirait prendre du pouvoir, diriger, et commander. Ma mère devait elle aussi se soumettre, et accomplir ses désirs. Nous commençions à tous avoir peur de lui. Et comme il soulignait toujours ses faits et gestes par un verset de la Bible, nous lui donnions raison et nous avons fini par le croire et accepter de se soumettre à sa volonté.



Article ajouté le 2008-05-18 , consulté 433 fois

Commentaires


Sencia le 06/09/2009 à 20:19:14
> Lapriss; oui Lapriss tu as raison, ce sont souvent des personnes en grande souffrance qui frappent... Merci pour ton passage ici! :-) Bisous
Lapriss site : greencenter.blog4ever.com/blog | le 05/09/2009 à 14:38:37
Les gens qui frappent sont souvent des gens qui on t vécus des choses cruelles, des choses qu'ils n'oublieront jamais. En voici la preuve avec ton histoire =D
Sencia le 28/09/2008 à 17:04:57
>Edwige;Coucou ma soeur! ;-) Merci pour ton com's!Oui tu as raison, le pardon s'est pour se libérer soi-même et non pour absoudre l'autre! Lorsqu'après des années de combat j'en suis arrivée à faire ce pas, je me suis sentie libérée et légère. Mes parents et les autres ne l'ont pas su... Il n'y avait que dans mon coeur que j'étais mieux. Pour moi vivre sans haine c'est vivre avec moin de peine. Milles bisous ma puce! Et merci pour ton texte!!! Qui m'as trop touché t'es super chou! Merci!
Edwige le 26/09/2008 à 16:36:34
On pardonne pour se libérer soi, pas pour absoudre ou libérer l'autre... On pardonne pour ne pas laisser l'autre nous pourrir la vie après coup. On pardonne pour pouvoir dormir la nuit.
Je suis heureuse pour toi Sencia, que tu ne vive pas pleine de haine et que tu puisses être heureuse maintenant, ou du moins essayer.
Sinon, moi je ne pense pas qu'on puisse expliquer des choses pareilles... Je pense, maintenant, que tout ne s'explique pas, que l'être humain fait des choses irrationnelles, qu'il est pourri dans l'âme... Et qu'on ne peut pas absoudre de telles choses.
rosesther site : rosesther.skyrock.com | le 07/07/2008 à 12:53:42
je commence déja a mimaginé le pire. je continue en tou cas sache que ton histoire m touche beaucoup.
tu en parle aujourdui et jespère que ceci te donnera la force de persevéré de de donné lamour ou k tu aille.
tu es déja enfan de Dieu et tu le resteras.
Sencia site : sur-re-vivre.blog4ever.com | le 30/06/2008 à 01:35:15
PG: Oui je te comprend. Je sais que cette révolte peut devenir un grand moteur. Le plus important et le plus dificile est de savoir l'utiliser pour "la bonne cause" dans le sens positif j'veux dire et je crois, d'après ce que j'ai compris que toi tu sais très bien le faire! Chacun son chemin! Bisous
Purple Girl site : purplegirl.blog4ever.com | le 30/06/2008 à 01:09:12
Si tu te sens mieux après avoir réussi à pardonner, c'est le principal. Honnêtement je ne cherche pas le pardon. Je vis avec mes zones d'ombre, elles sont mon quotidien et font de moi celle que je suis aujourd'hui. Sans cette révolte je n'avancerais pas et je ne me battrais pas chaque jour.

Gros bisous ma belle.
Sencia site : sur-re-vivre.blog4ever.com | le 30/06/2008 à 00:47:33
Oui Purple Girl je suis d'accord avec toi quand tu dis qu'on peut toujours trouver des explications et des excuses et qu'on a le choix de se faire soigner quand on est malade et quand on fait souffrir les autres... Et je te comprend quand tu dis que tu peux comprendre ce que ton père t'as fait mais que tu peux pas pardonner. Pour moi aussi ça a été incroyablement difficile il m'as fallu beaucoup, beaucoup de temps pour pardonner et je crois que très franchement quand j'y suis arrivé c'est le seul moment où vraiment je me suis sentie en paix avec moi, mon passé et le monde.Ce fut une très grande libération dans mon cas.. Mais chaque histoire est différente et sincèrement je sais ce que tu ressens! Courage purple Girl! Bisous
Purple Girl site : purplegirl.blog4ever.com | le 30/06/2008 à 00:31:23
Je pense qu'on peut toujours trouver des explications aux actes les plus cruels. Mais on ne peut pas pardonner. Etre malheureux n'est pas une excuse pour rendre les autres malheureux. Les personnes maltraitées ne deviennent pas automatiquement maltraitantes. Je peux comprendre mon père mais je ne lui pardonnerais pas. Car il avait le choix, on l'a toujours. Le choix de se faire soigner, le choix de s'éloigner des gens qu'on aime pour les protéger. On a toujours le choix.
Sencia site : sur-re-vivre.blog4ever.com | le 24/05/2008 à 13:07:00
Merci Mimosa!! Merci à toi de venir sur mon blog et pour ton commentaire! Gros Bisous Sencia
Mimosa le 23/05/2008 à 22:49:47
Ton Blog est super! merci pour ton histoire si touchante, merci pour tout,
Mille bisous, ta Mimosa

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