Un retour difficile

 

Avec la décision de justice de ne pas poursuivre mon père pour "actes à caractère sexuels", s'approchait aussi la levée complète de mon placement au foyer. L'assistant social responsable de mon cas rendit visite à mes parents pour un entretien  afin de s'assurer que mon futur retour dans la famille soit faisable au niveau psychologique et moral pour les deux parties.

A la suite de cet entretien la justice décida de me laisser "rentrer" les week-ends et durant la semaine sans lever complètement mon placement puisque je passais encore  mes nuits au foyer. Les premiers week-ends à "la maison" furent très difficiles pour moi. Retrouver la maison où j'avais tellement souffert était une grande épreuve… Je devais désormais me débrouiller seule et affronter les reproches et les insultes de mes parents sans la protection des éducateurs du foyer.

Mon père m'en voulait terriblement d'avoir parlé et il me le faisait très clairement sentir.  Il me traitait sans cesse de menteuse et de fille indigne. J'avais mal d'entendre ses mots, je ne voulais pas qu'il souffre ainsi et je me sentais tellement coupable d'avoir été égoïste au point de détruire ma famille. J'avais l'impression d'être déchiré entre deux pôle : Un côté en moi souffrait sous l'immense  poids de la culpabilité d'avoir détruit sa famille et un côté ravalait sa colère face à l'injustice d'avoir péniblement protégé son père d'une punition pourtant méritée et de recevoir malgré cela les insultes, le rejet et les reproches de sa part.

Durant mon placement au foyer mes parents avaient eu tout le temps de répandre dans tout le village et dans notre entourage leur version des faits et de se justifier en proclamant haut et fort ma soi-disant "maladie psychologique" responsable de tout ce  désastre.  Au fond de moi je rêvais de ne plus jamais retourner dans ma famille et de vivre loin d'eux une vie indépendante et libre, mais les sentiments de culpabilité d'avoir faits souffrir  ceux qui m'avaient supporté et nourris durant toute mon enfance comme ils me le disaient si souvent , me rendait à telle point redevable que plus que jamais j'étais devenue une bonne proie bien soumise et silencieuse.  Hormis quelques fidèles amies et ma foi inébranlable  en Dieu, j'avais tout perdu et j'étais plus que jamais seule au monde…

J'avais l'impression que le monde entier m'en voulait d'avoir parlé et souhaitait me voir disparaître. J'ai commencé peu à peu à me retirer de la vie normale et à me renfermer sur moi-même. A quoi tout cela avait-il servit ? Je voulais juste arrêter de souffrir afin de pouvoir vivre libre comme les autres jeunes filles de mon âge, j'ai parlé, j'aurais pas dû… et j'ai été punie de l'avoir fait en étant moi (à la place de mon père ) "enfermée" dans un foyer.  Cette culpabilité je n'ai jamais pu m'en débarrasser.  Je la porte jour pour jour avec moi encore aujourd'hui. Je la lis dans les yeux des habitants du village de mon enfance, dans les regards de ceux qui m'ont connue et appréciée un jour et qui m'ont tournés le dos à la suite des déclarations de mon père. 

Je n'oublierai jamais le jour où le pasteur de l'église où mon père était ancien et sa femme vinrent me visiter au foyer…  Les reproches dans leurs yeux, les mots durs et violents qu'ils m'ont dits et qui ont achevé la seule partie en moi qui luttait encore pour survivre au quotidien de la victime devenue bourreau, avant de lâcher prise et de me laisser aller à ce sentiment de culpabilité devenu finalement mode de vie : Coupable d'être là, coupable d'avoir parlé, coupable d'avoir dénoncé, coupable d'avoir dérangé mon entourage dans son illusion d'une famille parfaite, coupable d'avoir vécu cela...

Voyant le comportement de mes parents avec mon retour progressif à "la maison" je me rendais de plus en plus compte que le placement avait été très bénéfique pour moi. Je ne crois pas que j'aurais survécu  à l'enquête si  j'étais restée chez mes parents. Le foyer m'avait protégée des insultes et reproches quotidiennes de mes parents et de la violence que mon père cachait en lui depuis l'éclatement de "l'affaire"…

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Article ajouté le 2009-06-29 , consulté 98 fois

Commentaires


Sencia le 23/07/2009 à 16:50:52
> Yoperette; Coucou très chère Yoperette! Comment vas-tu en ce temps de vacances? Oui tu as raison j'ai reussi à surmonter un peu mon traumatisme aujourd'hui... Je sais que je n'oublierai jamais et ma vie, mes actions et ma façon de penser et d'agir resterons à jamais marquée par mon histoire. Mais je vais mieux et je découvre aujourd'hui à 22 ans une vie que je n'aurais jamais imaginé vivre. J'ai appris à connaître la joie, la vraie, celle qui n'est pas jouée et surtout j'ai fait la connaissance du mot "bonheur"!! C'est une experience très forte et elle me donne le courage de continuer à aller de l'avant! :-)
J'espère de tout mon coeur que mon blog pourra aider d'autres victimes à connaître la vraie joie et le vrai bonheur malgré les nombreuses cicatrices qui restent. Si une seule personne se sent comprise et souffre moins sur cette terre grâce à ce blog et à mon vécu, les douleurs et la souffrance qu'ont réengendré la redaction de mon histoire ici aurront valu la peine... Et je souhaite de tout mon coeur que d'autres formidables personnes comme toi puissent être sensibilisée à ce problème malheureusement trop largement répendu dans notre entourage même très proche... Les personnes comme toi seront celles qui sauront acueillir et écouter les souffrance des victimes et les acompagner sans juger et ça c'est un grand pas vers un monde un peu meilleur...
Alors Merci Yoperette pour l'exemple que tu es et la compassion que tu partage! Tu es géniale simplement!
Je t'embrasse très très fort et me réjouis déjà de notre prochain contact!! :-)
yoperette le 10/07/2009 à 19:15:40
Chère Sencia

Il me semble que c'est à moi de te remercier,pour tes réponses toujours pertinentes et réellement adorables aux différents commentaires,ainsi que pour ton blog, qui, comme le dit si justement Mimosa, parle de faits désolants, mais qui est, je crois, porteur d'espoir, car tu sembles avoir réussi à surmonter un peu cette horreur.

Ton blog permet à de nombreuses personnes, dont je fais partie, de se rendre compte de la souffrance qui accablent certaines personnes, et il me donne la force de me battre pour défendre ce en quoi je crois. Merci pour cela.

Mille mercis. Je t'embrasse et t'envoie toute mon affection.

Yoperette
Sencia le 07/07/2009 à 21:35:39
> Yoperette; Coucou très chère Yoperette! Je suis toujours très émue de te lire! Tu m'es un grand soutien! Merci pour ta fidélité à mon blog et pour toute l'affection que tu m'envoie. Tu es une personne exceptionnelle et ton entourage a beaucoup de chance de te connaître! Merci pour la lumière que tu apporte autour de toi, ici ou ailleur.
Le monde a besoin de personnes compatissantes et compréhensives comme toi!
Merci pour ta présence et ton soutien.
Gros, gros bisous d'amitié remplis de reconnaissance:-)
Sencia le 07/07/2009 à 21:25:48
> Mimosa; chère Mimosa, Merci pour ta fidèle présence ici. Cette période à été très difficile, j'avais perdu tout mes repères et j'essayais tant bien que mal de reconstruire avec des briques qui au fond n'existaient pas puisque tout n'était plus que ruine et souffrance. Je sais que si je n'avais pas eu Jesus comme fidèle ami et soutien je n'aurais jamais pu retourner chez mes parents. Regarder mon père et ma mère vivre normalement et parfois presque tranquillement leur vie et remarquer que pour ma part tout était détruit, démoli était une souffrance quasi invivable et j'avais besoin de beaucoup de force pour surmonter ce profond sentiment d'injustice et de souffrance. Force que je n'avais plus et que seul Dieu pouvait encore me donner.
Aujourd'hui grâce à Lui,à toi, à mes fidèles amies et aux lecteurs de mon blog j'ai pu retrouver peu à peu des forces afin de reconstruire.

J'espère te revoir très bientôt et j'aurais vraiment voulu passer vendredi (je n'ai pas oublié...) mais ce fut malheureusement impossible! J'ai pensé à toi très très fort et j'espère pouvoir rattraper mon retard dans les prochains jours... Excuse-moi ma petite maman de coeur, je ne t'ai pas oubliée, tu es dans mon coeur et je prie pour toi. Milles bisous que Dieu te bénisse très fort
yoperette le 30/06/2009 à 18:29:24
Très chère Sencia

Je ne sais que te dire...tant de souffrance,d'horreur,de douleur...Comment peut-on faire vivre cela à sa fille?

Je ne peux que que t'offrir tout mon soutien et mon affection,en espérant que la culpabilité que tu portes en toi s'en ira,car tu es une victime de toute cette histoire,juste une victime!


Fais attention à toi,très chère Sencia,et profite de chaque instant de bonheur.Je reste avec toi en pensées.

Bisous ensoleillés

Yoperette


Mimosa le 29/06/2009 à 21:36:34
Ma chère Sencia, ton témoignage me touche profondément !! J’aimerais tellement que tu n’aies pas eu à souffrir toute cette injustice.
Même si tu te sens coupable, tu n’es pas coupable. Tu es victime à 100%. C’est ton père qui aurait dû être enfermé, c’est lui le pervers et le coupable.

Ma chère Sencia, j’aimerai encore une fois te remercier de tout cœur de nous faire part ton histoire si touchante. Ton blog est exceptionnel. Il est très triste mais aussi très touchant et tu apportes tant de consolation. Ton témoignage est magnifique. Continue ma chère Sencia, courage plus loin,

Je t’embrasse et te dis à bientôt !
Ta petite maman de cœur qui prie pour toi.



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