Sans repères...

 

 

Ma première question après le petit déjeuner de mon premier jour  complet au foyer fut celle de la date d'un éventuel retour à l'école. Nous étions mardi et il me restais un peu moins d'une semaine de cours avant les grandes vacances et je n'avais pas encore eu l'occasion de prendre congé de mes camarades de classe. André, mon éducateur de référence m'expliqua qu'ils avaient reçu l'ordre de la juge d'instruction de ne pas me laisser retourner au collège par mesure de protection afin d'éviter que mes parents ne puisse m'influencer ou me reprendre (m'enlever) chez eux. Je regrettais amèrement cette décision qui me plongea encore plus dans un abîme sans fond. Je voulais retrouver mes repères et voir les gens que j'aimais et que je connaissais, mais tout contact m'était interdit jusqu'à nouvel ordre du juge.

Je n'avais ni le droit de sortir seule à plus de 10m du foyer, ni le droit de contacter mes amis et mes parents sans la surveillance accrue des éducateurs, le téléphone était sur écoute et surtout j'avais l'interdiction durant les premières semaines de parler de ce qui était arrivé. De plus en plus je me sentais comme une criminelle.  Coupable… Les conséquences de mes révélations me donnaient raison:  j'étais LA coupable puisque c'est moi qui était enfermée et privée de mes amis et sorties pendant que mon père, chez lui, pouvant faire et raconter ce qu'il voulait aux gens du village sur ce qui c'était passé.

Je ressentais de plus en plus le besoin de me confier à quelqu'un mais je n'avais absolumment personne. De tout les éducateurs, André était le seul un peu au courant de mon histoire et il ne travaillait que très peu au foyer. Pour les autres éducateurs j'étais une pensionnaire de plus qui avait soit troublé l'ordre publique ou se comportait de manière irrespectueuse envers l'autorité scolaire ou parentale… Nous étions tous égaux ce qui n'amenait pas de privilèges d'un côté mais qui apportait un traitement spécialement sévère pour tous. J'avais appris à être indépendante et responsable depuis petite et je me sentais plus que jamais enfermée et prisonnière. Bien qu'aujourd'hui je sais que tout ceci fut établi pour ma protection, je trouvais le traitement spécialement injuste et privatif sur le moment.

Peu à peu j'apprenais  à nommer et à connaître les autres enfants et les éducateurs de mon groupe. Ils étaient tous beaucoup plus sympathique que je ne me l'imaginais petite et avec le temps ma peur disparaissais et faisait place à de vrais moments de camaraderie et de confidences. Je ne parlais jamais de mon vécu à moi puisqu'on me l'avait interdit, mais j'aimais écouter les autres raconter leur vie souvent remplie de souffrance et de douleur aussi.  J'avais parfois l'impression que nous étions tous sur un bateau ivre, perdu au large, avec  pour seules ressources les drogues, les fugues ou l'automutilation et parfois même le suicide… Certains rêvaient encore d'un monde meilleur lorsqu'ils serraient « dehors », d'autres comme moi avaient déjà enterré toutes leurs illusions et n'espéraient qu'une seule chose : que le calme revienne et que les choses s'arrangent... un peu…

A force d'insister, la juge d'instruction finit tout de même par me donner l'autorisation de retourner, toujours accompagnée d'un éducateur, au collège le vendredi pour aller chercher mon carnet de note et prendre congé de mes camarades de classe. Mais lorsque mes parents l'apprirent ils refusèrent et je n'ai finalement pas eu l'autorisation d'y aller. Prendre congé du collège avec tous ses souvenirs et des 9 années que j'avais passées jour pour jour là-bas devait être pour moi une étape essentielle pour débuter sereinement la vie « active » dans le monde du travail. Je n'ai jamais eu l'occasion de  rattraper  cette « lacune » et je le regrette encore aujourd'hui. 

Pendant que j'étais au foyer mes copines d'école les plus proches ne comprenaient toujours pas ma brusque disparition et se renseignèrent auprès de Mme Laffont qui les informa de mon placement. Avec les renseignements fournis par Mme Laffont et  ce que mes parents racontèrent pour expliquer «  ma disparition »  les rumeurs se mirent à courir très vite et il ne fallu pas beaucoup de temps pour que « l'information » ait fait le tour de tout le village. Quand à moi, toujours placée au foyer,  je n'étais pas présente pour expliquer mon  point de vue et mon vécu alors que quasi tout un village s'étalait sur mon dos.

Coupable ou non, mon père le violeur ou moi l'aguicheuse, malade ou pas, notre histoire donnait de quoi discuter… Et je ne savais pas encore ce qui m'attendais en sortant...

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Article ajouté le 2009-02-16 , consulté 233 fois

Commentaires


Sencia le 25/02/2009 à 13:39:17
> Lina; Coucou Lina! Merci d'être passée! Je suis toujours très heureuse de te "revoir"! Pour ma part je suis un peu trop surchargée en ce moment pour pouvoir passer chez toi, mais je ne t'oublie pas!! Je repasserai dès que possible promis!
Bon courage! Je pense à toi, milles doux bisous
Sencia le 25/02/2009 à 13:36:05
> Mimosa; Coucou ma très chère Maman de coeur! Merci pour ton com's et pour la magnifique journée que j'ai pu passer avec toi! Tu es la maman dont j'ai toujours révé et je t'aime de tout mon coeur!

Oui je n'ai malheureusement pas pu participer aux trois semaines de cours d'instruction... Et ce n'est pas faute d'avoir insisté! Mais peut être qu'en fin de compte c'était mieux ainsi!? Imagine les problèmes qu'il y aurrait eu si mes parents étaient venus me chercher au cours...

Même si on ne comprend pas tout Dieu Lui sait pourquoi et Il ne se trompe jamais...

J'ai senti vos prières et votre lettre de soutien à été pour moi une lumière dans le noir de ma situation. Elle m'a été un grand réconfort! Merci du fond du coeur pour tout votre aide et votre soutien!

Moi aussi je t'ai beaucoup appréciée dès notre première rencontre et je suis si heureuse que nous puissions être aujourd'hui encore en contact!!

Je t'aime fort ma petite maman de coeur prends bien soin de toi, tu m'es très précieuse!!
Sencia le 25/02/2009 à 13:24:21
> Rosesher; Merci pour tes encouragements si fidèles ma grande soeur de coeur! T'es super chou de passer me lire et aussi de commenter! Merci ma jolie! Je t'aime très fort à bientôt!
Que Dieu te bénisse et te garde, milles bisous du coeur
Lina site : linareina.blog4ever.com/blog/index-182727.html | le 21/02/2009 à 14:27:22
Bonjour Sencia,
Un petit coucou en passant par chez toi. Bisous.
Printanièrement, Lina

Mimosa le 18/02/2009 à 21:41:42
Ma chère Sencia, je me rappelle avec un serrement au cœur, comme j'étais déçue que tu ne puisses participer avec nous aux trois semaines de cours qui étaient prévues. ……..On m’avait dit que tu étais dans un foyer….. Je te connaissais à peine, mais je t’aimais déjà très fort ! Nous avons beaucoup prié pour toi durant ces trois semaines. Mais je ne pouvais m’imaginer combien tu souffrais !!! Si seulement nous avions pu sentir ta souffrance et combien était grande ta détresse. Si seulement nous avions pu t’apporter un peu de réconfort !! Toi qui souffrait une telle injustice !

Ma chère Sencia, je me réjouis très fortement à demain !! Tu sais pourquoi ?!?
Et oui, j’aurai le privilège de te revoir et de passer quelques heures avec toi.
Alors bonne nuit et à demain,
Ta Mimosa qui t’aime très fort..

rosesther site : rosesther.skyrock.com | le 18/02/2009 à 15:32:32
que dire sinon tencouragé comme dab g pa les mots.
pardon!!!

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