Emmenée au poste de police

Mon père descendit de son tracteur rouge de colère et durant quelques instants il y eu un silence complet dans la cuisine. Nous regardions tous mon père s'approcher à grands pas rapide de la porte vitrée de la cuisine. La porte s'ouvrit d'un coup sec et mon père ordonna en criant aux policiers de déplacer leur voiture de service à l'arrière de la maison pour éviter la curiosité des voisins.  Un des gendarmes parti déplacer la voiture mais revint très rapidement.

Entre temps, mon père criait comme un fou dans toute la cuisine sa colère contre l'autorité judiciaire. Il voulait savoir ce qu'on lui reprochait et  devenait de plus en plus agressif envers les policiers qui se sont tous regroupé autour de lui pour essayer de le calmer. Sharon et Stanley pleuraient de terreur sur le banc derrière la table. Ma mère hagarde, complètement dépassée et au bord des larmes, clamais haut et fort l'innocence de mon père qui pour sa part était complètement paniqué et nerveux. Il s'agitait, criait et gesticulait comme une bête sauvage indomptable.

Lorsque les policiers le menacèrent de l'emmener au poste, mon père finit par se calmer un peu. L'inspectrice m'ordonna de préparer mes affaires et de me changer pour les accompagner au foyer de la ville voisine.  Je protestais et suppliait de pouvoir rester à la maison… Je ne savais que trop bien ce qui m'attendait là-bas… Mes parents m'en avaient assez parlé de ces foyers où l'on « dresse » les enfants méchants et j'avais des nausées rien que d'y penser.  Mes parents aussi refusèrent de me laisser partir et essayèrent d'empêcher les policiers de m'embarquer avec eux.  L'inspectrice répétait sans cesse qu'elle avait reçu un ordre et qu'il était de son devoir de l'exécuter, qu'il n'existait pas d'échappatoire.

Je suis montée dans ma chambre et j'ai préparé quelques affaires ainsi qu'une centaine de francs Suisse reçu lors de ma confirmation dans un petit sac à dos. Dans ma tête j'avais prévu de fuguer du foyer où j'allais être placée et comme la police était au courant pour mes parents,  je ne pouvais pas retourner chez eux,  j'avais donc prévu quelques provisions pour survivre dehors.

Après quelques instants, ma mère et l'inspectrice me rejoignirent dans ma chambre et secouée de sanglots je me suis jetée au cou de ma mère en lui répétant sans cesse  « Pardon ! Pardon ! » 

J'essayais de lui dire que je ne comprenais pas ce qui se passait, que je n'avais pas appelé la police et que je n'avais jamais voulu tout cela. J'essayais de la consoler et de la rassurer. Elle était figée et hagarde et ne comprenais pas vraiment ce que je lui disais et répétais constamment « oui ».  L'inspectrice m'a dit qu'il fallait partir et nous sommes redescendues  toutes les trois à la cuisine. Mon père et les deux autres gendarmes étaient déjà dehors près de la voiture de police.  J'ai pris congé de mon père et de ma mère une dernière fois et je me suis assise à l'arrière avec l'inspectrice. Au moment où j'allais fermer la porte, mon père se pencha en tremblant vers moi  pour me demander un bisou et pour la première fois de ma vie j'ai vu mon père pleurer.  De peur ? De tristesse ?  De nervosité ? Je ne sais pas… Cette image restera à jamais gravée dans ma tête.

Je regardais défiler le paysage en pleurant. Je me sentais comme une criminelle qu'on emmène en prison.  Durant le trajet,  l'inspectrice me posait beaucoup de questions et m'ordonnait de la regarder dans les yeux, ce dont par honte de mon secret, j'étais incapable. Elle était fâchée et me reprochait de mentir et de traîner mes parents dans la boue pour être remarquée. Je pleurais de plus belle et encaissait sa colère en silence. Elle m'accusait de prendre la place de toutes les autres victimes qui avaient réellement été abusées. A force de creuser, j'ai fini par avouer les actes les moins graves. Par respect pour mes confidences les deux autres policiers se sont arrêtés sur le bord de la route et sont allés fumer une cigarette dehors, pendant que Mme Liva, l'inspectrice, m'interrogeait plus en profondeur.

Au poste de police de la ville voisine,  ils m'ont demandé de m'asseoir dans le corridor sous la surveillance du policier de la réception de prison.  J'avais emporté mon téléphone portable et mes parents me téléphonaient à tout moment pour me charger de reproches.  J'avais tellement pleuré que j'avais l'impression de ne plus avoir de larmes. Mes yeux rougis me brûlaient très fort. Entre deux appels de mes parents j'ai envoyé un texto à Mme Laffont pour lui demander pourquoi elle avait appelé la police. Je n'ai jamais eu de réponse...

 

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Article ajouté le 2009-01-25 , consulté 142 fois

Commentaires


Sencia le 17/02/2009 à 12:30:03
> Rosesther; Merci pour ton com's! Moi aussi j'ai eu cette même révolte en moi...au début.. Puis un jour, lorsque j'étais assez convaincue du contraire j'ai fini par croire que j'étais LA coupable et l'injustice ne me semblait plus être si injuste...

Je suis heureuse que tu aie reçu mon mail et ne te stress pas pour me répondre ma grande! Prend tout le temps qu'il te faut, je comprend très bien que tu as beaucoup de choses à faire... Je suis heureuse de savoir que tu es encore là et je te confie jour pour jour à notre Dieu tout puissant. Qu'il te garde et te bénisse très fort! Je t'aime fort fort fort ma puce!
rosesther site : rosesther.skyrock.com | le 09/02/2009 à 15:25:38
le monde est souven si cruel, tou le contraire de la justice se fai, la justice est la pour punir les victimes. kel horreur!!!!!!
c révoltan tt ça...
jai reçu ton mail mai juska présen par mank de tem j nai pa répondu il ya tellemnt de choz k je doi se dire.
pren soin de toi.
jete confi au étoile aux anges du Ciel au Christ.
Soi béni
Sencia le 04/02/2009 à 21:07:19
> Toujours Là Pour Toi; Merci mille fois pour tes com's!! Ceux qui viennent de toi me font toujours particulièrement plaisir!! Moi aussi je t'admire bcp!! Oui c'est exactement le sentiment que j'ai eu... Moi la coupable et mes parents les victimes... Bien qu'aujourd'hui je sais que tout ceci (ou du moins la plupart) était pour mon bien et ma protection j'ai toujours encore du mal à "digérer" et oublier est impossible mais j'y travaille... Quand à la police et ses interventions je crois que tu sais ce que j'en pense...
Tu sais, en te lisant je me dit qu'effectivement mon témoignage n'incite pas vraiment à porter plainte ou à parler... Et cela me rend triste...
Merci pour tes mots, je t'aime très, très, très fooort ma Petite Fée adorée! Tu me manque bcp bcp bcp!! Et... Merci d'être toujours là pour moi!! ;-)
Toujours Là Pour Toi le 01/02/2009 à 22:53:54
Les bourreaux on les calme et on les laisse à la maison en compagnie des autres membres de la famille, toujours en danger. Les victimes on les emmène. On les interroge, on leur fait des reproches. Je comprends que les victimes hésitent à parler. Lorsqu'on sait que pour s'en sortir il faut rouvrir les plaies et passer par de nouveaux moments difficiles. Sencia, je t'admire !
Sencia le 01/02/2009 à 15:55:20
> Mimosa; Je te remercie pour ces mots rempli de compréhension. Le Psaume 13 est un psaume rempli de profondeur et de souffrance. J'aime beaucoup les psaumes de David car comme tu l'as très bien ressenti je m'y retrouve souvent. Oui j'ai demandé souvent "jusqu'à quand??" et n'ai pas eu de réponses jusqu'à aujourd'hui. Certaines questions resteront sans doute sans réponse ici bas mais j'ai confiance en la bonté de Dieu et je sais que lui il sait pourquoi. Néanmoins c'est très difficile dans ce genre de situations à savoir prendre le recul nécessaire et à regarder plus loin que la souffrance présente. Merci de m'encourager si fidèlement Mimosa,tu es ma maman de coeur chérie et ta présence est pour moi comme la lueur d'une bougie dans la nuit de mes souvenirs. Je t'aime si fort et t'embrasse tendrement, toi aussi tu me manque bcp bcp bcp!!!
Mimosa le 25/01/2009 à 21:22:07
Ma chère Sencia,

En lisant ton article bouleversant et en réfléchissant ce que je pourrais bien t’écrire, (car je reste sans paroles devant tant de souffrance, tant d’injustice….) le Psaume 13 m’est venu a l’esprit. David était aussi dans une immense souffrance et il dit :

SEIGNEUR, tu continues à m’oublier, mais jusqu’à quand?
Tu me caches ton visage, mais jusqu’à quand?
Tous les jours, je me fais du souci, et mon coeur est rempli de tristesse, mais jusqu’à quand?
Mon ennemi est plus fort que moi, mais jusqu’à quand?
SEIGNEUR mon Dieu, regarde, réponds-moi!
Éclaire mes yeux de ta lumière, sinon je vais m’endormir dans la mort,
sinon mon ennemi va crier: «Je l’ai vaincu.»
Et si je tombe, mes adversaires seront fous de joie.

Tu as certainement eu beaucoup de « jusqu’à quand ? » et sans réponse.

Ma chère Sencia, je trouve que tu es vraiment courageuse d’écrire ces choses horribles que tu as dû vivre.
Je pense plus loin à toi et te souhaite bon courage.
Je prie pour toi, ma chère Sencia, et j’espère bientôt te revoir, car tu me manques beaucoup.
1'000'000'000'000'000’000m bisous,
Ta petite maman de coeur



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