Le jour où tout s'est déchaîné (suite)
Dans la lettre de convocation du juge d'instruction il y avait un résumé des confidences que j'avais fait aux assistants sociaux et la conclusion de ceux-ci. Il était notamment question du degré de gravité estimé des faits. D'après les assistants sociaux de l'office des mineurs, les abus sexuels et les coups que je leur ai relatés ne furent pas gravissimes. A leur sens ce furent les violences morales et le climat peu sain qui régnait à la maison qui m'ont créée le plus de « tort ». La juge d'instruction a donc pris la décision de convoquer mes parents au tribunal afin de décider d'un éventuel soutien éducatif.
Au fond cette lettre n'était pas spécialement accusatrice envers mon père puisque grâce à mon silence et mon refus de tout dire aux assistants sociaux ceux-ci ont estimé qu'il n'était pas nécessaire de le rendre responsable de ses actes de maltraitance. J'étais soulagée et en même temps j'avais l'impression que tout cela ne m'avait pas vraiment aidée. Je me sentais toujours aussi mal et comme la plupart des abus et des coups étaient encore cachées et barricadées dans mon jardin secret, j'étais tout sauf apaisée et libérée. Il y avait au fond de moi toujours cette indescriptible honte et la peur des conséquences juridiques si je disais tout. Je ne faisais plus confiance aux adultes depuis longtemps et la vie semblait me donner raison. Et pourtant je sombrais… Je coulais à vue d'œil… mais la clef de ma délivrance était si bien dissimilée au fond de moi que je finis moi-même par ne plus la retrouver. J'étais perdue, désespérée, tiraillée entre tout dire et livrer ma famille à la destruction ou me taire et souffrir…
Le tout prenait des proportions trop importantes pour moi et j'ai choisi de me renier moi-même et de bannir la vérité de mon cerveau plutôt que de condamner une famille entière à la destruction.
Pendant que je traduisais la lettre à mon père, lui et ma mère m'insultaient en me traitant de menteuse à chaque nouvelle phrase que je terminais. Selon eux, j'avais un grand potentiel d'imagination que j'utilisais pour leur nuire alors qu'ils étaient innocents… J'étais la pire fille qu'ils puissent s'imaginer.
Sur le chemin de la gare, je pleurais de tout mon corps. J'avais perdu sur toute la ligne. Ma famille souffrait et moi j'étais encore plus mal qu'avant. L'après-midi avec mes amies fut malgré tout un grand moment de bonheur. Elles étaient toutes les deux au courant de mon histoire et de la lettre. Elles ont tout mis en œuvre pour me faire un peu oublier le climat qui m'attendrait en rentrant à la maison. Nous avons profité de ces derniers instants ensembles de plein cœur et l'angoisse de rentrer me lâchait peu à peu.
Le soir, dans le train, en rentrant j'avais envoyé un message à Mme Laffont pour l'avertir de la lettre reçue de mes parents et ma peur de la réaction de mon père. Peu de temps après elle m'a téléphoné sur mon portable et m'as annoncé qu'elle avait reçu elle aussi une convocation pour un témoignage au bureau de police le mardi. Elle m'a conseillée de partir de la maison si mon père devenait fou et qu'elle viendrait alors me chercher avec la voiture. C'était vraiment gentil de sa part ! J'étais heureuse de savoir qu'elle était là au besoin.
En rentrant toute la famille était déjà assise à table pour dîner. Je me suis assise en silence tout en jetant des coups d'œil apeurés à mon père. Il était toujours aussi silencieux qu'à midi et dans toute la cuisine on entendait que les bruits des fourchettes sur la porcelaine. Après le repas, mon père s'était levé de table pour aller traire les vaches à l'écurie et j'ai demandé la permission à ma mère pour aller marcher un peu afin de me décharger de mon auto-haine en me mutilant. Mais, sentant ma fragilité, elle ne m'a pas autorisé à partir car elle craignait que je fasse une TS ou que je me mutile comme je l'avais déjà souvent fait auparavant lorsque je sortais me "promener".
Alors que j'étais encore en train de ranger la vaisselle du dîner, mon père entra soudain dans la cuisine et me cria l'ordre d'appeler Mme Laffont d'urgence. Il était fâché, terriblement fâché contre elle ! Il voulait qu'elle vienne chez nous après avoir terminé son travail à l'écurie pour lui parler. Ne sachant que trop bien de quoi était capable mon père, j'avais terriblement peur pour Mme Laffont et j'ai essayé tant bien que mal de dissuader mon père de la rencontrer. Mon père se fâchait de plus en plus et je n'ai finalement eu d'autre choix que de téléphoner à Mme Laffont pour lui transmettre les ordres de mon père. J'étais en larmes et je tremblais de peur lorsque j'ai composé son numéro.
Mme Laffont a tout de suite sentie que j'étais très mal et elle m'a demandé si mon père m'avait frappée. Je lui ai répondu par la négative et je l'ai informé que mon père voulait lui parler en face et qu'il m'avait ordonné de l'appeler pour la convoquer chez nous à la maison le soir même. Elle refusa « l'invitation » en précisant qu'elle n'avait ni le droit, ni l'envie de parler à mon père, mais qu'elle viendrait me chercher si je voulais partir. J'ai raccroché le téléphone et je suis allé rapporter la réponse à mon père. Il m'a dit que puisqu'elle refusait de venir il lui téléphonerait lui-même tout à l'heure et si elle refuserait alors toujours de lui parler, c'est lui qui irait chez elle.
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Commentaires
Sencia le 24/01/2009 à 07:07:38> Mimosa; Merci, ma petite maman de coeur pour ce commentaire rempli de compréhension! J'essaye vraiment de répondre à vos commentaires dans la mesure du possible mais il est des périodes dans la vie où on a pas le temps de faire tout ce qu'on voudrait... Alors merci mille fois de me comprendre et surtout de continuer malgré tout à me lire et à commenter mes articles. Cela me touche énormément! Un gros gros MERCI!!! :-) C'est toi qui est merveilleuse ma chère Mimosa!!
Le Seigneur est bon et il tient ses promesses. Il ne répond as toujours comme nous le voulons mais il sait mieux que quiconque ce qui est bon et sain pour nos vies. Je veux le croire de tout mon coeur même si parfois j'ai l'impression que c'est le contraire.
Je t'aime fort,fort Mimosa!
Mimosa le 16/01/2009 à 22:53:51
Ma chère Sencia, ne t'excuse pas de ton retard pour tes réponses, je trouve que tu es formidable, comme tu prends le temps de toujours répondre à nos commentaires, tu es simplement merveilleuse.
Je suis tellement heureuse que tu commences a avancer dans la vie. Le Seigneur est merveilleux.
Je t'aime très fort et continue de prier pour toi.
A bientôt ma chère Sencia,
Ta petite maman de coeur qui t'aime
Sencia le 16/01/2009 à 13:47:21
> Rosesther; Ta colère et ta compréhension me touchent beaucoup ma grande soeur chérie! Et tu sais, en te lisant j'avais les larmes aux yeux... De joie!! Ce blog, en dépit de la douleur et de la souffrance qu'il engendre pour moi, a été crée justement pour cela! Pour que ceux qui le lisent sortent du silence ou aident ceux qui autour d'eux le sont encore et ouvrent les yeux. Je suis si émue de savoir que vous avez osé aborder ce sujet encore si tabou aux scouts!! C'est vraimemt génial!! Je suis persuadé que votre courage portera des fruits!! Je suis si fière d'avoir le privilège d'avoir une grande soeur aussi gentille, génial et surtout courageuse! L'exemple parfait d'un bon guide!! ;-)
Je t'aime de tout mon coeur, prend bien soin de toi et encore mille fois merci de m'aider dans mon combat et de faire de la prévention!! Mille millions de bisous
Sencia le 16/01/2009 à 13:38:48
>Mimosa; très chère Mimosa, merci pour ton commentaire et surtout ta fidélité. Tu as raison c'est très difficile à écrire toute mon histoire ici et en même temps il s'est passé tellement de choses positives depuis que j'ai commencé ce blog!! Je recommence à avancer dans la vie je crois et c'est un veritable miracle. Et cela grâce en grande partie à ton/votre soutien et compréhension qui me touchent beaucoup.
Je t'aime ma petite maman de coeur très très fort et je te fais d'immenses bisous et m'excuse de tout mon retard à répondre... ;-)
rosesther site : rosesther.skyrock.com | le 12/01/2009 à 10:02:05
SADIQUE c le mot juste pour ton père!!!! je sui désolé mille foi désolée... oh mon DIEU, je nen revien toujours pas... c'est dommage d'avoir connu une vie pareil a son age.
et tu sais hier j'avai une journé au guidisme et l'apré midi été pluto récréatif avec des sketch des danse de lanimation, et puisk le programme cette anné parle de la violence faite o enfant, le sketch de mes guide sé axé sur l'inceste... elle ont ému tt ceu ki été laba. c & toi k je doi tt ceci petite soeur, je lai fai en pensan a toi.
nou avon terminé par cett fraz "NOUS GUIDE DENONCONS TOUTE FORME DE VIOLENCE COMME LINCESTE LA MALTRAITANCE LEXCISION LE VIOL..."
je t'aime ptite soeur et je ne toublierai jamai.
Mimosa le 11/01/2009 à 21:41:39
Ma chère Sencia, quelles angoisses! Pauvre Sencia, c'était vraiment horrible pour toi de tout vivre cela. Je te félicite que tu as le courage de nous écrire ton histoire, même si ce n'est pas facile pour toi, je trouve que c'est bien que tu sors de ton silence.
En tout cas je continue de prier pour toi, je t'embrasse très fort et t'envoie mes meilleurs salutations.
A bientôt ma chère Sencie,
Ta petite maman de coeur