Un lundi que je n'oublierai jamais

Mon père a finalement accepté de prier pour moi avec le pasteur responsable lors de ma confirmation. La tradition voulait que chaque personne confirmée reçoive un verset de la Bible censé l'accompagner dans sa vie future. Trop préoccupée par les problèmes de la nuit et  l'angoisse des conséquences de "ma trahison" je n'ai pas vraiment saisi le sens du verset reçu à l'église...  Ce n'est que le soir venu, lorsque les derniers invités furent partis, que j'ai repris le petit livre et lu le verset: "Dieu m'a donné de nouvelles forces et Il m'a protégée; je Lui ai fait confiance et Il m'a aidée. Désormais je peux à nouveau être heureuse! Je veux le remercier avec mon chant." Psaumes 28,7

J'aimais le Seigneur de tout mon cœur et je savais que Lui aussi m'aimait d'un amour inconditionnel, mais là je ne comprenais plus... De la force?? Dieu ne m'avait pas donné de forces puisque je sombrais de plus en plus bas... et protégée?? Il n'a pas empêché mon père de me cogner et d'abuser de moi, il n'a pas soigné ma mère pour qu'elle puisse m'aider et me protéger, alors protégée?? Mais de quoi?? Dieu m'as aidée??... Mais aidée comment? Il n'est pas venu intercepter mon père lorsqu'il me brisait le corps et déchirait mon intimité! Il n'a pas été là lorsque ma mère m'insultait et soutenait mon père dans ses actions! Et le comble..: Heureuse??

Mais de quoi avais-je raison à être heureuse? Ma vie était brisée! Détruite! Il ne restait que les ruines sans valeur d'une vie à peine entamée! Chanter? Cela faisait tellement longtemps que je ne chantais plus avec mon cœur! Et si cela m'arrivait ce n'était certainement pas par joie! Je n'y comprenais plus rien! Pourquoi Dieu m'avait-il donné ce verset-là? Je commençais à douter de son existence et de sa présence dans les moments les plus difficiles de ma vie. S'Il avait vraiment été là Il ne m'aurait pas donné ce verset!! Pas ce jour-là! J'étais triste et j'avais l'impression d'avoir été abandonné une nouvelle fois. Mais je n'avais pas la force de remettre en cause ma foi ce jour-là alors j'ai caché le livret avec le verset tout au fond dans la fourre de ma Bible.

 

La dernière semaine d'école approchait à grands pas et avec elle la tristesse de partir d'un collège apprécié malgré tout et de se diriger vers le monde inconnu de la vie active. Cette dernière semaine de cours devait être remplie d'événements réjouissants. Le jeudi avant les vacances,  Mme Laffont avait prévue une petite fête avec toute sa classe chez elle et quelques amies et moi avions le privilège d'y être invitée aussi. Je me réjouissais de visiter sa maison et de partager encore quelques derniers beaux moments en compagnie de mes amies et copines de classe. Je savais qu'après les grandes vacances plus jamais je ne reviendrais dans ce collège où j'avais passé 8 longues années partagées entre les rires et les pleurs. 

Je commençais à réaliser que plus rien ne serrait comme avant lorsque les vacances d'été auront débutées, et j'allais à la rencontre de l'inconnu avec un mélange de joie et de peine. Je fixais avec attention chaque coin des salles de classe et respirait à plein poumons l'odeur unique qui y régnait comme pour m'imprégner les souvenirs et les moments passés dans ces lieux.  Malgré les violences et les abus qui y ont eu lieu, j'aimais beaucoup aller à l'école et j'avais un très bon contact avec mes enseignants qui étaient pour la plupart un peu des modèles pour moi.

J'avais pardonné la trahison à Mme Laffont et notre contact était à nouveau accompagné de confiance. Lorsque je lui parlais je n'utilisais jamais les mots correspondants et je disais souvent "ça" ou " ce que vous savez" car je ne pouvais toujours pas prononcer "les" mots.  Elle ne savait donc pas grand chose sur les faits concrets et je sentais qu'elle avait besoin de savoir pour être au clair avec elle-même et mon histoire. Je me sentais redevable envers elle pour son soutien et comme je l'avais déjà fait auparavant, je l'ai fait par écrit en soulignant les actes concrets dans un livre de prévention.  Néanmoins, j'avais pris la précaution de ne pas préciser quel bourreau avait commis quels actes pour éviter une éventuelle suite judiciaire tant redoutée. J'avais toujours encore peur qu'elle n'entreprenne quelque chose et dénonce mon père en sachant les actes précis.

 

Je lui ai "dit" les actes concrets le lundi matin... C'était le dernier Lundi avant les vacances... Un jour que je n'oublierai JAMAIS....

 

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Article ajouté le 2008-12-28 , consulté 133 fois

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