16 ans enfin le bonheur?

La fin de ma dernière année scolaire approchait de plus en plus et  apportait avec elle son lots de problème quand à mon future. J'avais depuis petite toujours eu un penchant pour les métiers artistique et musicaux. Mais, avec le temps et ce que je vivais à la maison ou ailleurs j'avais de plus en plus le désir profond d'aider d'autres victimes. Je ne pouvais et ne voulais pas croire que j'avais subis tout ça pour rien! Je m'accrochais de toutes mes forces à l'idée que mon vécu pourrait servir d'autres victimes à sortir du silence meurtrier lorsque moi-même je serrai à l'abri de mes agresseurs. J'avais donc un but clair et précis de ce que je voulais faire de ma vie: Soutenir et aider les victimes de violences, d'inceste, de viol ou toute autre violence.

Pour accomplir ce rêve de la manière qui me semblait la plus efficace, je devais faire des études de psychologie. Malheureusement, il y avait alors un obstacle infranchissable pour moi qui me barrait le chemin: Mes parents. Ils refusaient de me payer les études et plus particulièrement des études de psychologie. Non pas  parce qu'ils ne disposaient  pas de l'argent nécessaire pour me les payer mais simplement parce qu'ils refusaient de m'offrir la joie de voir mon rêve se réaliser. Comme ils le disaient quotidiennement, je leur avais déjà coûté bien trop cher jusque-là, alors ils ne voulaient pas encore en plus me payer quelque chose dont je n'avais, selon eux, pas l'utilité. Pour mes parents il était clair que je devais dès la fin de ma scolarité obligatoire travailler pour gagner ma vie de manière indépendante afin de pouvoir commencer à leur rembourser "les frais investis durant mon enfance" comme le voulait mon père. J'avais passé quasiment toutes mes vacances scolaires à enchaîner stage sur stage pour trouver le métier qui me conviendrait le mieux.

Finalement, c'est un peu par hasard que je suis tombée sur le métier de Boulangère-pâtissière dont il y avait  plusieurs places d'apprentissage libres situées dans la ville voisine. Hormis le côté créatif  qu'il possédait, le métier en lui-même ne m'attirait pas spécialement, mais je savais que je devrais travailler de nuit et comme je n'avais aucun moyen de transport pour me rendre à ma place d'apprentissage durant la nuit, je n'aurais d'autre possibilité que d'emménager dans une chambre ou un studio situé près de ma place de travail. J'avais enfin l'occasion inattendue de partir en douce de chez mes parents! Plus de coups, d'abus, de violences, d'insultes... et surtout, je ne serrais plus jamais un poids pour personne! L'indépendance m'ouvrait tout grand les bras et je n'en désirais pas plus!

Malgré mes problèmes de concentration, j'avais de bonnes notes à l'école et il ne fut pas trop difficile de trouver un patron d'accord de m'engager. En mai 2003 la bonne nouvelle arriva enfin: M. Saco m'engageait pour faire chez lui l'apprentissage de boulangère-pâtissière qui devait durer trois ans. J'étais tellement heureuse! J'avais eu l'occasion de faire un stage dans cette boulangerie et je m'étais particulièrement bien entendue avec l'apprentie de deuxième année, Solange, qui m'avait alors un peu prise sous son aile.

Je planifiais avec ardeur mon déménagement dans une petite chambre près de ma place d'apprentissage,  programmé pour le début du mois d'août. Après signature du contrat, je savais que mon salaire d'apprentie suffirait tout juste à payer le loyer de ma chambre ainsi que le nécessaire pour survivre. Je ne gagnerais pas assez d'argent pour pouvoir payer mon assurance maladie obligatoire, et mes parents se virent dans l'obligation de la payer pour moi, malgré leur refus. Ainsi j'avais tout juste de quoi vivre de manière semi-indépendante malgré mes 16 ans.

En attendant la date fatidique de mon départ, je me débattais toujours dans mes problèmes quotidiens. A la grande pause d'un matin de printemps alors que je me dirigeais vers les toilettes des filles pour me mutiler, Aline, une fille âgée de 4 ans de moins que moi m'interpella devant la porte. Elle me regarda droit dans les yeux et me demanda comment j'allais... Je ne la connaissais que de nom et je fus très étonnée de sa question qui n'avait, vu son regard insistant, rien d'une banale question de politesse. Je lui ai demandé pourquoi elle me demandait cela puisque que nous ne nous connaissions que de vue... Sa réponse me fit l'effet d'un poignard en plein cœur. Elle m'avoua que Mme Laffont lui avait tout dit pour mon père et ma famille et qu'elle voulait m'aider... Après quelques instants de silence où j'ai essayé de toutes mes forces ne pas hurler de douleur, je l'ai remerciée et lui ai répondu que je m'en sortais très bien et que je n'avais nullement besoin de son aide.

La trahison!... La peur!... La douleur! Pourquoi avait-elle parlé?? Elle m'avait juré de ne jamais briser son secret professionnel! L'office des mineur, le médecin et le directeur je pouvais encore concevoir que c'était pour m'aider mais Aline? Je ne comprenais pas pourquoi elle lui avait parlé. Cette fille était tout sauf une adolescente discrète et je courrais désormais  quotidiennement le risque que tout le collège, pire, voir tout le village apprenne mon douloureux secret! Le souvenir de la rumeur qui courrait au sujet de l'indiscrétion de Mme Laffont refit soudain son apparition dans mon esprit torturé. Elle m'avait blessée, trahie, abandonnée! Je pleurais de rage et de colère.

Lorsque j'ai parlé à Mme Laffont de sa trahison, elle a tout niée et prétexté qu'Aline avait certainement entendu une conversation téléphonique qu'elle avait eue avec une femme travaillant dans la prévention. Je savais qu'elle mentait car son regard et ses gestes disaient autre chose. Depuis ce jour j'ai commencé à me distancer de Mme Laffont. Elle m'avait fait tellement souffrir avec cette trahison! Après Aline, d'autres élèves ont suivit et à chaque fois mon cœur se déchirait un peu plus. Je lui faisais confiance, je croyais qu'elle voulait réellement m'aider, mais ses faits et gestes disaient de plus en plus le contraire. En moi grandissait l'impression d'être un objet où l'aspect salvateur de son rôle de médiatrice devait l'amener à une satisfaction personnelle. J'avais la nette impression qu'elle cherchait à être reconnue voir adulée grâce à sa position. Et pour cela il fallait qu'elle en parle, afin que le monde sache sa  de sauver une pauvre adolescente comme moi.

Je refoulais ces questions au plus profond de mon être et j'essayais d'oublier cette trahison en me convaincant de sa volonté sincère de m'aider malgré tout...


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Article ajouté le 2008-11-30 , consulté 143 fois

Commentaires


Sencia le 17/12/2008 à 18:57:30
> Rosesther; Tu as raison, Mme Laffont a un peu raté sa vocation... J'éspère seulement qu'elle ne referra plus les mêmes erreurs et qu'elle ne fasse pas souffrir d'autres jeunes. Oui 9 années de souffrances c'est long et le pire c'est que mon histoire est loin d'etre terminé...
Merci pour ton compliment qui me touche beaucoup! Je ne sais pas si je suis la meilleure mais je sais que Dieu Lui l'est et sans Lui et mes amies je ne serrais même pas arrivé à l'âge de 16 ans...
Il m'a protégé et gardé, Il m'a fortifiée et encouragée. Je suis tellement heureuse que toi aussi tu puisse Le connaître!

Tu me manque aussi beaucoup! Merci de tes passages ici!
Milles bisous du fond du coeur pour toi ma très chère Grande Soeur :-)

Sencia le 17/12/2008 à 18:50:23
> Ness39; Merci pour ton com's ma belle! Mme Laffont à été pour moi bouée de sauvetage et en même temps une pierre m'attirant vers le fond... Ce contraste à été pénible à vivre car l'humain en général à une net tendance à classifier dans son cerveau "les bons" d'un côté et "les méchants" de l'autre. Avec son comportement j'ai fini par tellement douter de sa volonté sincère de m'aider que je ne lui faisais plus confiance.
Il est vrai que j'ai pu m'éloigner physiquement de ma famille en déménageant. Psychologiquement la dépendance est restée et ce fut celle qui me donna le plus de fil à retordre... Encore aujourd'hui je me bats avec elle...
J'aimerais tellement te donner raison et te confirmer que ce fut le début de ma vraie vie mais ce ne fut malheureusement pas le cas. La suite de mon histoire est loin d'être celle que je m'imaginais à l'âge de 16 ans... Les événements douloureux se sont enchaînés les uns aux autres et il m'a fallu 4 longues années pour pouvoir recommencer à vivre à peu près normalement.
Pour l'instant je suis toujours boulangère-pâtissière mais je prévois de faire une formation sociale en 2010. Je me réjouis du fond du coeur et cela me donne un espoir pour un futur plus apaisé.
Merci pour ton compliment moi aussi j'admire beaucoup ta force! :-)
Milles bisous tout doux à toi ma jolie

rosesther site : rosesther.skyrock.com | le 16/12/2008 à 18:29:39
elle a raté sa vocation cette madame laffont!!! pffffff
ça ménerve ça!!! a 16 ans seulemen, je dirai de 7 a 16 ans, 9 ans de galère de soufrance...
tu es la meilleure je te le di car ça la je le trouve invivable.
pren soin de toi
tu me mank
Ness39 site : ness39.blog4ever.com | le 15/12/2008 à 12:07:33
Je ne m'attarderai pas sur le sujet de Mme Labalance car tout comme Edwige un seul mot m'est venu en te lisant. Par contre je retiendrai que tu as réussi à t'en sortir dans le sens où tu as pu t'éloigner un peu de ce qui t'entourait. Cela n'a pas dû être facile tous les jours financièrement mais au moins tu as pu être plus ou moins en paix. C'était un peu comme le début de ta vraie vie. J'espère qu'à présent tu as réussi à faire ce que tu voulais et connaissant ta force morale, j'en suis sûre. Kiss
Sencia le 09/12/2008 à 21:44:25
> Mimosa; Effectivement la trahison de Mme Laffont m'as fait beaucoup de mal! Merci pour ce magnifique poême! Il reflète très bien ma conception des choses... Oui c'est vrai je ne comprend pas pourquoi, une fois, pourquoi toutes ces fois, pourquoi mon père,ma mère etc.
Mais j'ai confiance en Dieu et je sais que Lui il sait pourquoi. Et il voit au-delà de ma vision humaine.
Merci Mimosa parce que tu m'apprend à connaître Dieu d'une manière encore plusprofonde et vraie. Tes encouragements, tes mots, ta fidélité sont pour moi un immense cadeau de notre Tout-Puissant.
Tes mots et tes silences ne sont pas pour moi des silences indifférents, je le sais. Depuis que je te connais j'ai compris que ta compassion et ton amour sont plus puissant que n'importe quelle longue théorie explicative. Et je te remercie du fond du coeur que malgré tout tu prenne le temps de poster un commentaire ici! T'es trop chou ma maman de coeur chérie! Je t'aime de tout mon coeur

Sencia le 09/12/2008 à 20:23:51
> Héritage; Tes encouragements sont comme une pommade guérissante sur mes plaies... Merci Jean-Marc de croire en moi, et en mes progrès! Ca m'aide énormément!
Je suis très honorée d'avoir pu mieux faire connaissance avec toi. J'aime beaucoup ta phylosophie de vie!
Gros bisous et bon courage à toi pour cette semaine!:-)

Sencia le 09/12/2008 à 20:17:39
>Edwige; Ma jumelle adorée! Merci pour ce com's, ton cri du coeur veut dire beaucoup de choses...!
Oui c'est vraiment génial que les Suisses aient voté oui à l'initiative! C'est un grand espoir pour toutes les victimes qui désirent être entenduent par la justice.
Merci pour tout ce que tu es pour moi ma jumelle je t'aime très fort! Bisou
Mimosa le 05/12/2008 à 23:13:54
Coucou ma très chère Sencia,

Je suis bouleversée par ton message. Tant de souffrance ! Tant d’incompréhension ! Tant de choses inadmissibles ! Pauvre Sencia, c’est tellement horrible d’être trahi de la sorte !
Quand je pense à toi, quand je te lis je pense souvent à ce poème !!! Alors j’ai décidé de te le faire parvenir ! J’espère qu’il pourra te faire un peu de courage !!

Le problème de la souffrance

Non, le ne comprends pas, Seigneur, mais je m'incline
Devant le grand problème où se perd la raison,
Je crois en ta bonté, ta sagesse est divine ;
Seigneur, je comprendrai là haut, dans ta maison !

Tu ne restes pas sourd aux cris de l'âme en peine.
Ton silence n'est pas silence indifférent ;
Pour le cœur angoissé ta réponse est certaine,
Même quand elle n'est pas toujours ce qu'il attend,

Ta voie, ô Dieu, n'est pas celle où mon cœur me pousse,
Ton plan n'est pas mon plan, je le sais, je le vois,
Pour que ta volonté m'apparaisse plus douce,
Au Calvaire je viens adorer sous la croix.

Je crois en ta bonté, ta sagesse est divine.
Oui, je sais que tu veux le bien de ton enfant,
Sans tout comprendre encore, à tes pieds je m'incline,
Seigneur, dans mon épreuve, oui, rends moi triomphant.

Aussi ta souffrance, les chemins que tu as dû passer sont incompréhensibles !!! Tu peux aussi dire au Seigneur que tu ne comprends vraiment pas. Et je prie pour toi, qu’il puisse t’amener du secours. Mais sache que son silence, n’est pas un silence indifférent !
Mes silences, ma chère Sencia, ne sont pas non plus des silences indifférents. Ta souffrance est tellement grande, que bien souvent je ne trouve simplement pas les mots, j’ai peur d’être maladroite et de dire quelque chose où tu as l’impression de ne pas être comprise.
Ce que je peux te dire, c’est que je t’aime très fort, je te sers sur mon cœur et je prie pour toi.
Je t’embrasse très, très fort et te dis à bientôt !
Ta petite maman de cœur.

Héritage site : http://les-yeux-de-ma-vie.over-blog.com/ | le 03/12/2008 à 12:24:40
Tu avances ma chère Sencia...Tu avances à grands pas...
J'en suis certain.
Gros bisous et surtout prends bien soin de toi
Edwige le 02/12/2008 à 01:22:07
Putain...

Dsl, rien d'autre à dire là dessus.

Sinon, j'ai regardé les infos, bravo les Suisses...

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