"La séance" dans le bureau du directeur

Rendez-vous sur rendez-vous, Mme Laffont réussissait à me soutirer avec peine de plus en plus d'informations sur ma vie et mon vécu. Elle était tantôt compréhensive et gentille, tantôt brusque et blessante. Avec le temps je me confiais plus facilement à elle. Je lui avouais mes idées noires et la peur que mon père s'en prenne à ma petite sœur, quand je ne serrai plus là.

A chaque "séance" elle me reposait sans cesse cette même question: "Est ce que tu ne veux pas faire quelque chose? Dénoncer les autres et ton père à la police pour protéger ta petite sœur?". A chaque fois je refusais car j'estimais qu'il y avait des filles qui avaient vécu bien plus grave que moi et que la justice devait en premier lieu s'occuper d'elles. Et plus je refusais, plus je sentais qu'elle doutait de moi et de mon histoire. Elle voulait des preuves... Je n'en avais pas! Pour elle il était inconcevable qu'après les abus de mon père et des autres hommes, je ne veuille pas me venger et les punir. Je sentais le doute et l'incrédulité dans ses gestes et ses regards. Cela me faisait souffrir à tel point que pour me protéger et par honte, je refusais catégoriquement de lui montrer les traces d'automutilation sur mes avant-bras. Elle inventait alors toutes sortes de ruses pour avoir la preuve que je me mutilais réellement. J'avais parfois l'impression qu'elle me prenait pour une adolescente en mal d'amour qui faisait tout pour être remarquée.

Un jeudi matin, alors que nous venions tout juste de terminer notre leçon d'allemand, Mme Laffont vint me chercher pour un nouvel entretien. Dans le couloir elle me prévenu  que notre entretien se déroulerais cette fois-ci dans le bureau du directeur et que celui-ci était au courant de "mon affaire"... Je sentais que cette fois mes confidences prenaient un tournant irréversible et cela me faisait terriblement peur! Lorsque nous sommes entrés dans le bureau du directeur, je vis le médecin scolaire et le directeur assis à une table à côté du bureau du principal. Le médecin me posa diverses questions puis examina mes avant-bras mutilés. Le directeur et Mme Laffont qui avaient assistés à l'entretien avec le médecin repartirent après un court instant pour me laisser seule avec lui. Le médecin me proposa d'aller faire des examens gynécologiques à l'hôpital de la ville la plus proche. Comme je ne voulais pas aller à l'hôpital faire des examens, il reparti en me laissant les coordonnées de divers services et offices où je pouvais trouver de l'aide. Avant de sortir il m'a encore prévenu que des assistants sociaux de l'office des mineurs allaient venir pour s'occuper de moi.

Le directeur, le médecin scolaire, l'office des mineur... Toutes ces personnes qui savent mon histoire! C'en était trop pour moi! Je me sentais mal! Très mal! J'avais envie de vomir, de m'enfuir et de disparaître. Pourquoi j'ai parlé? Pourquoi Mme Laffont a-t'elle brisé son secret professionnel? J'avais l'impression qu'une fois de plus une adulte me laissait tomber et me blessait à travers tout ça. Elle m'avait juré de ne jamais parler à personne de mon secret et de respecter ma volonté et voilà qu'il y a toute une panoplie de personnes qui connaissent mon vécu sans que je ne le désir... Elle disait vouloir m'aider, mais moi je me suis sentie trahie, abandonnée.

Après un court instant ou j'hésitais sérieusement entre sauter par la fenêtre et partir en courant, la porte s'ouvrit et le directeur accompagné d'un homme et d'une femme qui m'étaient totalement inconnus apparurent. Après de courtes présentations, ils me parlèrent de leur travail et des raisons pour lesquelles ils étaient là. Je ne savais pas vraiment ce qu'ils savaient déjà de mon histoire et après de longues théories dont je ne comprenais que la moitié, j'ai enfin trouvé le courage de poser la question qui me tracassait tellement: "Si une personne a fait une chose contraire à la loi, est-elle obligatoirement punie par la justice? Même si la victime ne le veut pas et qu'elle est mineur?" Leur réponse fut à nouveau trop compliquée pour mon esprit déjà trop tourmenté et notre conversation se termina rapidement après avoir fixé un nouveau rendez-vous durant les heures scolaires.

Mes parents pendant ce temps-là étaient tranquillement à la maison et vivaient leur petite routine quotidienne sans se douter de tout ce qui se passait au collège. Ils ne savaient pas que j'avais brisé le silence et que Mme Laffont, Le directeur, les services sociaux et le médecin étaient au courant de ce que j'avais subit car j'ai toujours refusé qu'ils soient avertit et interrogés. Je voulais m'en sortir et non pas détruire encore plus une famille déjà pas très solide derrière les masques joyeux. Mes parents avaient besoin d'aide, je le savais, mais ils la refusaient et je ne pouvais ni ne voulais les forcer à se faire aider. Mes parents ainsi que tous les autres agresseurs me faisaient pitié et bien qu'au fond je savais que ce qu'ils m'avaient fait n'était pas de ma faute, je préférais me culpabiliser et me détruire moi car je ne pouvais pas concevoir que mes propres parents aient pu me faire souffrir à tel point... Alors je m'autocensurais....

Je ne voulais pas que mon père soit puni pour ses actes, je m'étais battue tellement fort pour ne pas être remplie de haine face à lui et lui pardonner que je ne désirais qu'une seule et unique chose: en finir avec toute cette souffrance sans en faire souffrir d'autres.


 

Suite dans le prochain article...

 


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Article ajouté le 2008-11-02 , consulté 199 fois

Commentaires


Sencia le 22/11/2008 à 15:31:30
> Rosesther; Coucou ma chère grande Soeur de coeur! Merci pour ton passage! Ne t'excuse pas de dire ce que tu pense au contraire, tu sais, ce que tu écris m'aide beaucoup à continuer d'avancer et de ne pas me noyer dans mes sentiments de culpabilités. Alors merci pour tes mots ma très chère grandee soeur!
Il est vrai qu'avec ses actes mon père et les autres m'ont tué, mais il m'ont tué de l'intérieur et contrairement à ceux qui sont morts physiquement je dois continuer de vivre avec ma souffrance jour pour jour, bien que j'aurrais souvent préféré mourir. Dieu lui a donné la vie comme il me l'a donné à moi. Il rendra justice je le sais, il me l'as promi! Sa justice sera plus juste que n'importe quelle justice ne peut l'être sur cette terre. Je laisse mon histoire entre SES mains et je sais que je peux LUI faire confiance.
Merci pour ta présence ma grande soeur! Je t'aime très très fort! Prend soin de toi!
rosesther site : rosesther.skyrock.com | le 18/11/2008 à 15:00:07
salut ptite ja passe rapidement
tu sai ma puce ton papa excuz moi mai ne méritai rien de tt ça. il n mérite mm pa cette vie k dieu lui a doné, il est pire kun assassin... pardon !!!!
c vraimen domage, et ignoble.
tu es vraimen courageuse et surtou tu es bonne, wi tu as bon keur car malgré tt tu le protègé...
je tembrasse porte toi bien


Sencia le 06/11/2008 à 20:53:19
> L'innocente; Tes paroles transmettent exactement mes états d'âmes! Je suis très touchée par tant de sensibilité et de compréhension... Merci mon Innocente préférée pour ta présence et ce que tu es! Milles bisous rempli de soleil et de douceur
linnocente le 06/11/2008 à 15:34:07
Quand la haine est si étrangère à soi, que l'on préfère mourir que haïr.

Grosses bises.
Sencia le 06/11/2008 à 15:14:12
> Mimosa; Ma maman de coeur! Comme je te remercie de ta fidélité! Je sais que tu as bcp bcp de choses et ça me touche tellement que tu viennes encore toujours me lire ici! Merci du fond du coeur pour ta compassion et aussi pour tes silences qui parfois me rejoignent dans les mien, lorsque je n'ai pas les mots assez forts pour décrire mes sentiments et/ou émotions.
Comme j'aurais voulu que ce soit un cauchemard!! Me reveiller et oublier ce passage douloureux et les suivants... Mais je ne peux! Avec toute la force de mon désepoire, je ne peux oublier!!
Tes encouragements sont comme une île calme sur une mer en furie! Je t'aime très très fort et je prie aussi pour toi et tout ce que tu dois porter quotidiennement...
Bisous du fond du coeur
Sencia le 06/11/2008 à 15:06:33
>Jean-Marc; Effectivement j'avais et j'ai tjrs de grands, grands sentiments de culpabilité... J'ai toujours crue avoir été "protégée" de ce fléau... Mais au fond comme tu le dis si bien ils ont toujours été là... Ils étaient si présent et si encrés dans ma vie qu'au fond je ne savais même plus les distinguer des sentiments normaux et sain. Ils m'empêch/aient de vivre et d'exister librement. Mes parents m'ont toujours inculqué que ce qu'ils faisaient était normal et j'ai fini par me sentir coupable de ne pas trouver cela "normal"...
Enfin je te remercie Jean-Marc de me lire et d'être là... T'es génial! Merci mille fois!
Bisous et bonne route ;-) à toi!
Mimosa le 05/11/2008 à 22:49:55
Ma chère Sencia, ton récit est bouleversant ! Ta souffrance incroyable ! Quelles angoisses !

Merci Sencia, pour ton courage d’écrire tous ces souvenirs douloureux, qui ne sont pas seulement d’affreux cauchemars !

En tout cas je continue de prier pour toi, je t’embrasse très très fort, je t’aime de tout mon coeur et je te dit à bientôt !
Ta Mimosa

Jean-Marc site : http://les-yeux-de-ma-vie.over-blog.com/ | le 03/11/2008 à 01:11:08
Ce qui est terrible dans ton histoire c'est le sentiment de culpabilité que tu avais à cette époque.Mais je peux comprendre cela tant ta souffrance était immense..
Tes maux sont beaux et tu les expriment formidablement bien.
Je t'embrasse

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